Le perfectionnisme me pourrit la vie.

Pour un party de Noël de job, je maquille une cliente. Fabuleusement belle – le genre de femme qui, près de la retraite, attire autant les regards que ses collègues de 25 ans. Les cheveux d’un parfait blond, au brushing impeccable. Des cils fournis, de grands yeux clairs. Elle connaît son maquillage préféré sur le bout des doigts : elle commence la session en ouvrant sa propre trousse de cosmétiques qu’elle a emmené ( »au cas où ») et même me met son mascara préféré et son rouge à lèvres prévu dans les mains :  »Je préfère que tu prennes les miens ». 

Je termine, je trouve ma création plutôt réussie. Le miroir en main, elle me pointe aussitôt sous ses yeux :  »Ah non, toutes ces lignes! Je me bats contre ça, vois-tu? » Je me sens conne.  Je n’avais pas vu ces ridules. Plutôt, je les avais vus sans m’y arrêter… J’ai les mêmes lignes à 36 ans, et… elles ne me préoccupent pas.

J’efface le premier cache-cernes, le temps presse, j’opte pour son cache-cernes personnel. Effectivement, le résultat est meilleur. Je me souviens avoir utilisé ce produit au début de ma carrière – pourquoi avais-je cessé de l’utiliser? Facile : il y a tant de choix, qu’on essaie de nouvelles options, d’un coup qu’on manquerait une nouveauté fabuleuse, encore meilleure que la précédente…

Mandat terminé : je disparais

Les deux clientes approuvent leur look, je range tranquillement, et j’entends :  » Je suis impressionnée par ton travail. Vraiment, tu es sur ton X » (une expression pour dire que ce métier est ma destinée, ma vocation). Je reviens à la maison. Je tarde à envoyer le reçu de paiement de ce party de Noël.  Ça prendrait littéralement 5 minutes. Je le sais, mais trois jours plus tard, ce n’est pas encore fait. Nous sommes le 18 décembre, il me reste encore deux grosses journées de travail, et après, je tombe dans un genre de congé des Fêtes. Je me dis que ce sera enfin le temps de me mettre au travail. 

Tous. Ces. Objectifs. Que. Je. Vise.

Remettre mon site Web à jour. Réviser mon contrat de services de mariages. Envoyer mon cahier de cours à l’impression. Réserver les salles pour mes cours de groupe. Attacher les ficelles du module de signature électronique. Demander les photos de mariages de 2023 aux photographes et aux mariées. Traduire mon site Web.  Et envoyer ce sapré reçu.

Ce reçu, je finirai par le faire un soir maudit, pressée par l’obligation suffocante de le faire pour dix autres clients aussi, après une journée passée à reculons, à finalement abattre cette tâche sans plaisir. 

Ma cliente a raison, je suis sur mon X. Je me réalise dans les mandats que je confirme : je suis compétente et j’aime ce que je fais. Je me présente de bonne humeur, bien préparée et à l’heure. Mes commentaires Google Business représentent bien mon travail et comment je remplis mes mandats. Puis une fois la voiture garée chez moi, les valises remontées à l’étage et mes chaussures retirées, je prends une grande respiration… et figurativement, je me cache dans un coin. J’espère que… Je ne sais pas ce que j’espère. Que ce soit enfin ‘le bon moment‘. Le bon moment de quoi?

Dépasser d’autres limites, au gym et en salle de classe

En 2023, j’ai progressé immensément en entraînement physique : de mon premier objectif (prévenir les blessures-douleurs physiques communes de mon métier : mal au dos, aux pieds, aux mains… ), j’ai dépassé le deuxième (être plus forte qu’un homme sédentaire moyen). Je soulève 2 plates au deadlift – je soulève de terre 225 lbs. Je me regarde parfois dans le miroir et je me dis  »Je n’aurais JAMAIS imaginé… » Connaître le nom des machines, et savoir (bien) quoi faire avec. Entrer et quitter le gym en cognant le poing avec les autres habitués. Voir jusqu’à mon décolleté se transformer : eh bien, je vois maintenant mes pectoraux…

En 2023, j’ai terminé le cours 1 en Langue des Signes Québécoises. Je peux maintenant signer 950 mots. Dans une série télé américaine avec un personnage sourd (Only Murders in the Building), j’ai reconnu des signes dans son dialogue. En soirée de pratique avec une personne sourde, j’ai pu comprendre une histoire qu’il expliquait : même avec de nouveaux mots inconnus! 

Je suis une femme sans enfant. Je le répète souvent, et ce n’est absolument pas regret, plutôt par félicité du droit de choisir. Donc, pour moi qui n’amène personne à se réaliser comme adulte, choisir et poursuivre des projets qui me permettent de me réaliser s’impose comme une importance capitale. 

Pourtant, pendant tout 2023, j’ai tardé à envoyer des factures. J’ai dix articles que j’ai commencé sur mon blogue, jamais terminés. Mon dernier article s’intitule ‘Bienvenue à 2022’, je ne peux pas cacher mon retard… À chaque rédaction, je me suis fait interrompre par toujours la même personne… moi-même. J’associe un tas de tâches à une forme encore méconnaissable d’inconfort ultime. Je reconnais à tout le moins la souffrance de me faire dire non par de nouveaux clients. La souffrance de ne plus se faire appeler par des clients d’années précédentes. Me faire relancer sur l’envoi d’une facture – peut-être est-ce une façon de me communiquer aussi qu’on prend cela comme un indice que je suis peu fiable? Et lorsque je réponds bien vite, je me fais dire non encore plus vite.  Alors, quel était l’intérêt de même essayer? Pour ne pas me faire ignorer de nouveau, j’ignore de nouveaux possibles clients. Et cela me fait honte, en plus de me décevoir moi-même et de me faire regretter de décevoir les autres. C’est un trio explosif! 

Dépasser l’inconfort pour donner du sens

Dans le travail très solitaire d’une artiste en travail autonome, il n’y a personne pour m’influencer à continuer. Cette fois, pas d’amoureux-entraîneur qui surpasse mes soupirs. Pas de collègues de classe avec qui se lier pour persévérer au travers de cours difficiles. Attendre ‘le bon moment’ est donc l’espoir du moment où je me sortirai moi-même de mon impasse. Au-delà de l’argent, je perds un temps précieux pour réaliser mes projets. De sauter légèrement dans le vide, de jouer à la loterie pour des projets qui donnent du sens à ma vie. 

Consacrer des journées à maquiller des gens négligés par la société, main dans la main avec des organismes communautaires. Rencontrer des personnes âgées isolées, ennuyées. Faire des dons monétaires aux causes qui me tiennent à coeur. Faire des dons de services à d’autres causes encore. Faire vivre une expérience positive d’apprentissage à des gens qui n’étudient plus souvent. Étudier d’auprès d’autres artistes, pour développer mon brio dans des beautés plurielles. Apprendre d’autres techniques dont je ne suis même pas sûre de me servir, sauf à m’émerveiller d’être en train d’explorer quelque chose d’anciennement inconnu. Écrire, plus : écrire tout, sans gêne, sans stop à me dire ‘Mais est-ce pertinent?’. 

Donc, pour 2024, je laisse derrière moi. petit à petit, au rythme où je le peux, cette résistance à donner, vivre, créer et semer. 

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